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Dépistage du cancer du poumon : est-ce le moment de se lancer ?

Mis à jour le 11/12/2014 par SFR

 

Depuis la publication en 2011 des résultats du National Lung Screening Trial démontrant une réduction de 20 % de la mortalité spécifique, le dépistage du cancer du poumon par scanner thoracique basse dose est une réalité aux Etats-Unis. Sa récente recommandation en grade B par le groupe de travail du US Preventive Services autorise son remboursement par les assurances privées, et devrait permettre sa généralisation rapide, sous réserve d’un respect de règles d’instrumentation (Recommandations de l’American College of Radiology reprises par l’American Association of Physicists in Medicine - http://www.aapm.org/pubs/CTProtocols/?tab=5#CTPanel) insistant notamment sur un Indice de Dose Scannographique du Volume IDSV≤3mGy.

 

Qu’en est-il en France ? La position des sociétés savantes impliquées, à savoir l’Intergroupe Francophone de Cancérologie Thoracique, la Société d’Imagerie Thoracique et le Groupe d’Oncologie de Langue Française, a été précisée dans un article de 2013 [1] et récemment explicitée dans la Revue des Maladies Respiratoires [2]. Elles recommandent un dépistage individuel des sujets, après information sur les bénéfices (réduction de la mortalité par cancer pulmonaire, mais aussi réduction de la mortalité globale du fait d’une meilleure prise en charge de la BPCO et des pathologies coronariennes) et les risques (faux positifs nécessitant des investigations complémentaires dans 0,5 à 3 % des cas, surdiagnostic qui pourrait concerner jusqu’à 20 % des néoplasies dépistées, irradiations répétées) associés à ce dépistage. Il s’adresse aux volontaires âgés de 55 à 74 ans, avec un tabagisme actif ou sevré depuis moins de 15 ans totalisant au minimum 30 paquets-années. Les patients symptomatiques ou ayant des comorbidités trop importantes pour envisager une chirurgie sont logiquement exclus. Ce dépistage individuel doit aussi être une occasion d’insister sur le sevrage tabagique.

 

Dans la pratique, il repose sur un scanner thoracique non injecté basse dose, à qualité d’image dégradée afin de ne pas dépasser 150 mGy.cm de PDL pour un patient standard. Cependant, sur les machines actuelles équipées de la reconstruction itérative, cette dose peut être atteinte en conservant une qualité d’image optimale ; le dépistage pourrait alors faire appel à des acquisitions ultra-basse-dose, délivrant une irradiation proche d’une radiographie thoracique pour une qualité d’image similaire aux basses doses d’il y a 10 ans. Ces acquisitions ne sont pour le moment pas encore recommandées. Ce scanner est proposé annuellement, et l’arrêt du dépistage est recommandé si le sujet dépasse les 75 ans ou les 15 ans de sevrage tabagique.

L’interprétation des anomalies est basée sur des algorithmes optimisés (Figure), dérivés de l’étude européenne NELSON, qui permettent de réduire le pourcentage d’actes invasifs inutiles. Une double lecture n’est pas recommandée.

 

Verrons-nous un jour en France un dépistage organisé du cancer du poumon, à l’instar de celui du sein ou du colon, et comme cela a été soulevé lors de la présentation du Plan Cancer III ? Outre les indispensables évaluations médico-économiques et les enseignements qu’apporteront le dépistage individuel, les résultats de l’étude NELSON (National Lung Screening Trial ou NLST)  du National Cancer Institute seront décisifs. Attendus pour 2016, ils devraient rendre obligatoire un dépistage organisé s’ils venaient à confirmer les résultats du NLST…

 

 

1. Couraud S, Cortot AB, Greillier L & al.  From randomized trials to the clinic: is it time to implement individual lung-cancer screening in clinical practice? A multidisciplinary statement from French experts on behalf of the French intergroup (IFCT) and the groupe d'Oncologie de langue francaise (GOLF).  Ann Oncol (2013). 24(3): p. 586-97.

 

2. Girard N, Gounant V, Mennecier B & al.  Le dépistage individuel du cancer broncho-pulmonaire en pratique. Perspectives sur les propositions du groupe de travail pluridisciplinaire de l’Intergroupe francophone de cancérologie thoracique, de la Société d’imagerie thoracique et du Groupe d’oncologie de langue française.  Rev Mal Resp (2014). 31(1): p. 91-103.

 

3. National Lung Screening Trial (NLST) - www.cancer.gov/clinicaltrials/noteworthy-trials/nlst

 

 

Figure

Conduites à tenir face à un nodule solide et en verre dépoli en situation de dépistage d'après [2].